En vert et contre tout

En vert et contre tout

On a pu “rêver d’un autre monde”, d’un “monde d’après” né dans la tête de nombre d’entre nous lors de ce confinement. Car ce temps de pause nous a permis de réaliser la fragilité de nos sociétés, de nos vies, mais aussi l’impérieuse nécessité de solidarité et de diversité qui semblent être la garantie d’un groupe social animé par le vouloir-vivre commun. D’ailleurs, Charles Berling a lancé, lors de ce confinement, des formats courts en vidéo qui ont tenté de penser une nouvelle éthique pour ce Nouveau Monde. Cette crise nous a rappelé que la proximité était tout autant stratégique que l’international. On a très fortement ressenti cette prééminence du local sur le global, grâce aux actions de solidarité parce qu’elles viennent de simples citoyens ou de certaines collectivités publiques. Elles ont pu heureusement suppléer un État emprunté, peu clair et en manque d’anticipation et d’organisation.

La solidarité — c’est un paradoxe — est devenue une priorité alors que quelques mois auparavant, on tentait de condamner les “citoyens solidaires” comme Cédric Herrou. Un autre paradoxe a été la révélation de l’importance des “invisibles”, des “sans-grade“, qu’un de nos dirigeants les plus importants s’était permis de traiter de “ceux qui ne sont rien”. En effet, sans tous ceux qui nettoient, qui livrent, qui stockent, etc., que serions-nous devenus ? Si les soignants étaient en première ligne, ils l’ont partagée avec ceux-là. La fin de l’état d’urgence les verra-t-il enfin tous reconnus à leur juste valeur, ou assisterons-nous au fameux “retour à l’anormal” ? Comprenez, au retour de la bêtise cupide qui entraîne misère, pollution, inégalités sociales, guerre et tout compte fait, qui nous mène tout droit à l’effondrement.

C’est une grande inconnue, car si la pandémie nous a montré à quel point l’organisation mondiale de la Planète était sous-tendue par un seul
axiome, le profit, tout un chacun s’est aperçu que les crétins qui faisaient passer l’économie avant l’humain provoquaient des catastrophes humanitaires. Bolsonaro, Trump, la Chine, etc., n’ont-ils pas prouvé que leur vision était plus que limitée, voire dangereuse ? À l’image des suprématistes US, que leur Président a appelés à prendre les armes contre les gouverneurs démocrates qui conseillaient le confinement, des centres antipoison pleins de “redneck“ qui ont suivi le conseil de leur leader ridicule en se gavant de désinfectant, les insultes et les interdictions de donner les chiffres de Bolsonaro… Tout cela n’a-t-il pas entraîné une situation hors de contrôle ? “L’opération séduction“ de la Chine ne changera pas pour autant sa politique : prison à vie pour les contestataires démocrates de Hong Kong, mensonge sur l’épidémie et maladresse de laboratoires ayant certainement entraîné une catastrophe…

Tous ces phénomènes planétaires ont laissé une impression que le “nouvel ordre mondial” était une utopie totalitaire à fuir absolument, et que la proximité devenait la seule façon de concevoir la sauvegarde de l’humain si elle se conjuguait avec la solidarité. Le lien, voilà ce qui apparaît le plus important. Et ceux qui ont su le préserver ont souvent travaillé au local, que ce soit les élus laissés à leur solitude par des États dépassés, ou la presse locale continuant à garder une fenêtre ouverte sur l’environnement des confinés. Vous retrouverez dans ce numéro les solutions trouvées par les deux médias locaux les plus importants : Nice Matin et France 3 Côte d’Azur. En effet, l’information nationale semblait être elle aussi confinée, car le Covid semblait avoir soudain arrêté la guerre au Yémen, les révoltes d’Amérique du Sud, le totalitarisme chinois ou russe, ou encore la vie politique nationale zappée sans aucune éthique de pluralité… Ne devrait-on pas s’en rappeler et commencer à bâtir une autre société basée sur la préservation de la vie ? On nous promet une crise économique, après la boursière,
le terrorisme, la sanitaire… Ces crises ne sont-elles pas toutes à ranger dans une seule et même “crise culturelle” ? Une crise du lien social et du lien à la nature qui nous mènera, si nous ne changeons pas d’organisation, vers le désespoir violent et l’effondrement climatique…

C’est là que le bât blesse. Si l’on voit bien que la solidarité s’est souvent exprimée en dehors des canons du monde néo-libéral, reconstituant un groupe social où chacun a son importance, on a pu très vite s’inquiéter du manque de prise en compte de la crise culturelle. Il semble que seule la culture puisse compenser la rupture du lien social par la distanciation ou le confinement. Et quel n’est pas notre dépit de constater que ce secteur d’activité n’a toujours pas de reconnaissance économique : 1 300 000 emplois, 7 fois le chiffre d’affaire de l’automobile, dont les 4/5ème sont marchands. L’analyse politique aussi semble avoir gravement péché par son manque culturel. Les économistes ne peuvent pas être les seuls maîtres à penser pour la gestion des groupes humains. La rentabilité ne peut être le seul ressort des politiques publiques. Vivre ensemble, c’est avant tout vivre. Mais la finance semble vouloir continuer à sacrifier trop facilement une partie de l’Humanité et de l’environnement au nom de la sacro-saint rentabilité. Comment peut-on accepter de tels raisonnements ?

Heureusement, le respect de la vie reprend le dessus et revienne enfin en tête de nos préoccupations avant le profit. Vous découvrirez dans ce numéro un certain nombre d’initiatives qui vont dans ce sens, l’actualité récente démontre bien que, “en vert et contre tout”, beaucoup commencent à comprendre qu’il ne suffit pas de faire de la communication, mais qu’il faut surtout vivre, s’organiser et travailler autrement pour que nos enfants aient un avenir, et pas un effondrement comme unique héritage. L’idée qu’un autre monde est possible n’est plus un rêve, c’est devenu la seule solution.

C’est pour toutes ces raisons que nous avons mis en ligne un blog pour coller à ces changements, avec des vidéos, bientôt des podcasts, sans pour autant abandonner le papier. Il reste un support qui permet de prendre un temps de pause, sans besoin d’énergie électrique, qui ne dépend pas des entreprises du GAFA, comme une respiration en somme. Notre site officiel sera mis en ligne à l’automne, si la crise qui s’annonce nous laisse continuer… Nous serons là, à vos côtés sur papier ou sur la toile, pour célébrer la Culture, le partage, l’échange et la création. C’est un été (très) spécial que nous allons vivre… Profitons-en pour continuer à lutter, pour préserver et profiter de la vie sous toutes ses formes. Prenez soin de vous et de vos proches.