« Homme libre, toujours tu chériras la mer »

« Homme libre, toujours tu chériras la mer »

Voilà ce que Baudelaire écrivait dans Les Fleurs du Mal au XIXe siècle. C’est ce que s’attache à faire respecter la bien nommée scène Châteauvallon-Liberté avec son cycle d’événements Passion Bleue, dont la 4e édition se tient du 12 au 29 mars.

Calme, agitée, inspirante, inquiétante, envoûtante, indomptable… La mer est la fois un lieu de rencontre et de séparation, de plaisir et de péril, un endroit qui a permis à la vie d’apparaître et qui en a aussi repris énormément… Elle est tout autant un paradoxe que peut l’être l’Humain. C’est peut-être la raison pour laquelle, aujourd’hui, alors que notre civilisation fait face à l’un des plus grands défis de sa courte histoire – d’un point de vue géologique –, on ne constate que peu de réactions de la part de nos dirigeants. L’accord de Paris en 2015 prévoyait des mesures pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °c par rapport aux niveaux préindustriels, d’ici 2050. Eh bien, ça va être compliqué à tenir puisqu’on apprenait début février que, sur l’année 2023, celle-ci a déjà été mesurée à 1,52 °c… Un (triste) record qui en appelle hélas un autre, celui la température des océans. Malgré ces informations – passée quelque peu inaperçues – et toutes celles qui les ont précédées, l’État français continue à bafouer les promesses et traités signés, les rapports du GIEC sont commentés du bout des lèvres entre deux pubs pour des automobiles, et nombre de dirigeants du monde mettent en doute la crédibilité de ce même GIEC… Un événement comme Passion Bleue, organisé pour la 4e fois par la scène nationale Châteauvallon-Liberté, relève donc de l’intérêt public ! 

Berceau de civilisations millénaires, carrefour commercial, zones de guerres et de drames humains, mais aussi décor naturel de la ville de Toulon, la mer méditerranée (et plus globalement les océans) sera au cœur des débats, rencontres, exposition et spectacles programmés durant trois semaines. Un « temps fort » récurrent, annuel, destiné à émerveiller le public, à rappeler la somptueuse beauté des océans et surtout leur fragilité. Ce sera le cas lors de plusieurs conférences, en compagnie de la militante écologiste Camille Étienne, de François Sarano, océanographe spécialiste des cétacés, et de Roland Jourdain, navigateur. Lors de Passion Bleue #3, ils embarquaient pour une Expédition cachalots au cœur du sanctuaire Pélagos, en méditerranée. Ils feront un retour de cette expérience, puis échangeront sur la Biodiversité marine, l’urgence absolue, en ouverture de Passion Bleue #4.

Inspirante pour les scientifiques, la mer ne l’est pas moins pour les artistes. De l’épopée d’Ulysse dans L’Odyssée d’Homère, à la bande « de petits cons » marseillais s’éclatant sur la Corniche Kennedy de Maylis de Kerangal, en passant par 20 000 lieues sous les mers de Jules Verne, les océans ont inspiré nombres d’immenses œuvres littéraires, mais aussi théâtrales, musicales, plastiques… D’ailleurs, lorsqu’il publia son roman, Jules Verne avait-il conscience de livrer là un monument de la littérature ? En s’appuyant sur les connaissances scientifiques de son époque, l’auteur nous emmenait explorer les profondeurs, un univers fantastique fait de méduses lumineuses et d’un poulpe géant. Un univers que le metteur en scène Christian Hecq, sociétaire de la Comédie-Française, et la plasticienne Valérie Lesort s’approprient aujourd’hui dans une adaptation plus que singulière. Parmi les autres créations au programme : Vanish, adapté de l’ouvrage Océanisé.e.s de Marie Dilasser, Habiter le seuil de Marine Chesnais, qui a imaginé un duo chorégraphique plongeant le spectateur aux côtés des baleines à bosse, ou encore Évangile de la nature. Ce seul en scène avec Stanislas Nordey, d’après un poème latin de Lucrèce qui prône un retour à la nature face aux peurs et préjugés inculqués par la société, résonne d’ailleurs étrangement avec nos crises actuelles…

12 au 29 mars, Théâtre Liberté, Toulon & Châteauvallon, Ollioules. Rens : chateauvallon-liberte.fr

photo : Habiter le seuil © Vincent Bruno

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