« Rendre hommage à l’inimaginable »

« Rendre hommage à l’inimaginable »

Sandra Mathieu publie Merci Julie, un premier roman sur l’agression extrême d’une femme au seul motif qu’elle en aime une autre. Et un questionnement sur la violence et le rejet de la différence, « moteurs » de la fièvre dont souffre actuellement l’Humanité.

C’est un ouvrage non seulement touchant, mais aussi un véritable coup de poing, pas uniquement pour son sujet. Également dans la façon de le traiter. Il est question ici de l’histoire d’un couple lesbien, dont l’une des partenaires, Julie, se fait sauvagement agresser, un soir à la sortie d’un bar, et de tout ce qui va ensuite découler : justice, famille, traumatisme, colère, culpabilisation, rejet… Il est question ici de l’intolérance envers celles et ceux qui choisissent de vivre et d’aimer différemment. Tout le livre est un long dialogue entre Julie et Marc, écrivain parisien reconnu, constitué aussi d’échanges de messages et de courriers. Le déroulé est presque cinématographique, réaliste comme un documentaire, sensible comme une fiction. Car Sandra Mathieu voulait que son texte soit à la fois léger et profond, qu’il suscite le questionnement de lecteurs qui n’auraient pas eu envie de se pencher sur le sujet : réfléchir aux autres, à la différence, c’est se pencher sur soi. Elle sait que la question qui reviendra toujours est de savoir si ce texte est autobiographique ou totalement imaginaire. « Je le dis inspiré de multiples histoires vraies. C’est une façon de rendre hommage à l’inimaginable, tout en respectant mon histoire, une histoire vraie« , répond l’autrice.

Sandra Mathieu est parvenue à nous faire totalement partager ce sentiment que laisse une telle agression, mais aussi le sentiment de rejet que subissent trop souvent les homosexuels. « Je pense à ces jeunes adultes qui choisissent le suicide plutôt que vivre dans une société qui ne les accepte pas. Je pense à certains de mes amis exclus ou brutalisés par des voisins, par un père, par un frère. Je revis mon histoire à travers celle de Julie, l’héroïne. Sentir que l’on déçoit ses parents pour ce que l’on est, je pense à ça encore. Je m’interroge enfin sur ma responsabilité d’autrice et sur le rôle de la littérature« . Bien sûr, #metoo et des personnalités comme Judith Godrèche tiennent le haut de l’affiche, et c’est tant mieux, mais le rejet de la communauté LGBTQIA+ et les violences qu’elle subit sont aussi un autre marqueur des maux qui détruisent nos sociétés et la Planète : l’intolérance et la violence. 

Le climat n’est qu’une des origines de l’effondrement qu’entrevoient les chercheurs et le GIEC. « La fièvre », telle que l’a décrite la série de Canal+ créée par Éric Benzekri, est bien le mal qui ronge le monde, car la violence et l’intolérance touchent tous les niveaux de la société, des États aux individus, des familles aux peuples. De sorte qu’aujourd’hui les guerres se font de l’intérieur, deviennent des guerres ”civiles”, que l’on parle de meurtres de masse ou de « simple” homicide : on tue ceux qui sont différents… 

Pour cet ouvrage et les questionnements qu’il induira chez ses lecteurs, merci Sandra Mathieu.

Merci Julie de Sandra Mathieu – Editions Télémaque / RD éditeur

photo : 1ère de couverture – Merci Julie