Géographie spirituelle

Géographie spirituelle

Pour célébrer son 80e anniversaire, Jacques Martinez se fait plaisir et dessine sa « géographie spirituelle » de l’Europe du Sud avec quatre expositions dans les lieux qui lui sont les plus chers en Italie, en Suisse et en France, avec un volet au Palais Lascaris à Nice.

Cette quadruple exposition est l’occasion de montrer des peintures, sculptures et dessins couvrant plus de cinq décennies. Des travaux qui illustrent la façon dont l’artiste essaie de continuer à « naviguer » entre ce qu’il appelle les quatre points cardinaux de l’histoire du monde qui est le sien : Abstraction / Homme, figure, corps / Paysage / Still life – tout en faisant une concession à l’anglais par refus du mot « mort » dans nature morte. 

Domani est le titre de cette exposition distribuée sur quatre lieux, qui lui vient du dernier festival de la chanson italienne de Sanremo où l’inattendu est arrivé sur scène avec Giovanni Allevi, touché par la maladie depuis 2 ans, et que l’on devine au plus près de la mort. Mais ce soir-là, il était bien vivant. Avant de jouer seul au piano, dans un silence respectueux, il a pris le temps de parler de Kant au public de Sanremo. Le titre de sa musique ? Tomorrow ! Grâce à cette affirmation positive, Jacques Martinez a compris comment oublier les mauvais jours, pour regarder en avant. C’est ainsi qu’à l’instar de ce chanteur italien, il n’a pas voulu s’enfermer dans une « rétrospective » pour que ses expositions puissent mettre en « perspective » plus de 50 ans d’atelier et constituer l’introduction d’un récit « prospectif », car elles sont toutes en terre « italienne », comme il le dit : Villa Arconati (Milan), Palais Lascaris (Nice), SPARC* – Campo San Stefano (Venise), Villa Ciani (Lugano).

Jacques Martinez ne veut pas de regret passéiste et préfère les nostalgies heureuses, celles des retours qui lui sont doux et chers comme celui qu’il effectue à Nice, au Palais Lascaris. Né à El-Biar, petit village près d’Alger, Jacques passe son enfance à Bône (devenue depuis Annaba). Il arrive à Nice en 1956, où il fait ses études et obtient une maîtrise de philosophie, avant de s’installer à Paris en 73, tout en conservant un atelier dans le Midi. Au début de son œuvre, l’artiste a pu être attaché à l’École de Nice. « Je sais qu’il est agréable pour certains de parler d’École de Nice. Cela ne m’est pas désagréable puisque c’est sous ce nom que j’ai exposé la première fois chez Jean Ferrero. C’est aussi à propos de Nice que Ben m’avait inclus dans l’exposition inaugurale du Centre Pompidou. Je préfère donc parler de miracle, parce que c’est plus fort, plus vrai et plus grand« , explique-t-il. S’il n’a jamais caché l’admiration qu’il éprouvait pour l’œuvre de Martial Raysse, de César ou pour certaines pièces d’Arman (il fut l’assistant des deux derniers), il a pourtant déclaré dans un livre consacré à l’École de Nice se sentir plutôt « étranger ou pour le moins marginal vis-à-vis de toute cette histoire« . Cette distance s’est confirmée depuis le début des 90’s où il a fait de longs et fréquents séjours en Catalogne même s’il revient souvent pour de courts séjours retrouver son atelier Clos Marie, à Saint-Paul-de-Vence. S’il a aussi gardé un atelier à Paris pendant longtemps, il a vécu et travaillé souvent dans le Sud de l’Europe, ainsi qu’en témoignent les œuvres de son exposition Cinc Estacions (2007). Cette exposition à Nice n’en est que plus émouvante, car exposer à Lascaris lui remémore tant de souvenirs liés à notre région. C’est ce qu’il appelle « le miracle niçois« .

14 juin au 1er sep, Palais Lascaris, Nice. Rens: nice.fr

photo : Œuvre de Jacques Martinez © Tous droits réservés