« Ah Dieu ! que la guerre est jolie »*

« Ah Dieu ! que la guerre est jolie »*

Il est des moments dans l’histoire ou les hommes se font bêtes fauves. Dans l’indifférence du plus grand nombre, certains tuent les autres dans des guerres « défensives » (puisque « l’agresseur » est toujours étranger).

Peu de temps après le cessez le feu, nul ne sait plus la cause des bombardements, du napalm, des dévastations et des massacres qui remplissent des cimetières. Mais toutes les victimes sont au Paradis, à l’exception des civils et même des poètes, comme Apollinaire, décédé en 1919 de la grippe espagnole – mais déclaré « mort pour la France ». C’est une évidence puisque chaque armée est bénie par son église : les allemands de l’an 40 avaient sous leur ceinturon l’inscription Gott mit uns, mais Dieu était aussi français !

Au fil des siècles, chacun se prend encore pour un « Croisé » et la guerre est « Sacrée » : c’est un devoir de libérer par la force les peuples opprimés même s’ils ne demandent rien et s’ils n’apprécient ni les « missionnaires bottés » ni « l’ingérence humanitaire ».

En 2026, comme depuis des millénaires, le « bien » combat le « mal », et chacun peut constater les progrès humains en la matière… C’est peut-être parce que les guerres s’arrêtent prématurément :
« Il faut finir le job« , comme disent les spécialistes. La TV ne fait pas assez d’efforts contre les pacifistes, toujours traîtres à la patrie, de style Jaurès. C’est peut-être que les animateurs et autres « influenceurs » ne sont pas suffisamment convaincus, ne risquant leur peau pas autrement que par une surexposition aux projecteurs des plateaux. Il ne suffit pas d’applaudir à ceux qui répètent : « Le droit international, c’est fini. » Il faut avoir le style militaire et applaudir (malgré quelques réserves anti-trumpistes, comme tout le monde) à la « pax americana » qui nous sauve du péril chinois, y compris au Moyen Orient. 

Regardez la « civilisation » à Gaza, à Beyrouth, à Téhéran, comme hier à Tripoli ou à Bagdad, sans compter la « modernité » et la « démocratie », nos produits d’exportation. Notre humanisme ne connaît pas de frontière, bien qu’il s’accommode de pratiques analogues à celles de la préhistoire. Faute de conviction sur l’utilité des conflits armés et si l’on croit que les jolis mots de « négociation » et de « conciliation » ont plus d’avenir, il faut commencer par « douter » sur la pensée unique et imposée.

Mais le doute est redouté : il est plus facile de penser comme tout le monde et d’agir en conséquence, y compris en pleine confusion et les yeux fermés sur la réalité. Chercher à comprendre est très fatigant, surtout en fin de semaine. Mais « à force de sacrifier l’essentiel à l’urgence, on a fini par oublier l’urgence de l’essentiel« , comme ose le dire notre centenaire préféré : Edgar Morin.

* Citation de Guillaume Apollinaire (engagé volontaire en 1914)