Répétition générale !

Répétition générale !

Le Festival du Peu et la mairie du Broc poursuivent leur idylle et invitent de nouveaux artistes à investir places, rues, lieux publics et espaces partagés autour du thème de la répétition dans l’art. Rendez-vous, cette année, du 29 mai au 21 juin.

Né à Bonson en 2003, le Festival du Peu cultive depuis 23 ans l’art contemporain comme un rendez-vous de proximité, à la fois exigeant, accessible et profondément ancré dans le territoire. Initialement porté par l’artiste Jean Mas, dont la recherche plastique liée au Peu et à la lettre « P » est née il y a 30 ans, et par l’élan fondateur de Jean-Marie Audoli, alors maire de Bonson, l’événement revendique une idée simple et forte : faire du peu « l’essentiel », un puissant moteur de création et de lien social, un paradoxe libérateur.

La thématique

C’est un Janus ! D’un côté, la répétition rythme nos vies, des cycles célestes à l’apprentissage ; de l’autre, elle inquiète lorsqu’elle vire à l’endoctrinement ou à l’ennui. Pourtant, dans l’arène artistique, elle est une promesse de renouveau. Car rien ne se répète jamais à l’identique : chaque geste est un mouvement unique. 

Des parois rupestres au Pop Art, les créateurs ont fait du motif une arme stratégique. Qu’il s’agisse d’affirmer une esthétique ou de dénoncer une surabondance, la série instaure un dialogue entre l’esquisse et l’œuvre. On songe aux toiles sœurs de Matisse, aux vibrations chromatiques de Viallat, ou à la quête d’absolu dans la suite (quasi) infinie d’Opalka. Ici, la reprise n’est pas un carcan mais une méthode de perfectionnement. En apprivoisant l’obsession par le nombre, l’artiste transforme le ressassement en pouvoir. Répéter, ce n’est pas tourner en rond, c’est enfin s’emparer de ce qui advient !

Les artistes

Tel un retour aux sources, Jean Mas, expert de la redite et des variations, déclinant la lettre P et la Cage à mouche en variations obsessionnelles, sera l’invité particulier de cette exposition collective, dont le thème s’intitule cette année Répétition générale. Figure de l’École de Nice, il fait du peu un art du rythme… et de la répétition.

La commissaire de l’exposition Christine Parasote a convié, à ses côtés, des créateurs aux pratiques multiples, majoritairement azuréens, que l’on découvrira à travers le village. Parmi eux, un collectif du Broc : L’Officina transforme gravures, broderies et sculptures en un cabinet de curiosités vivant. Un collectif où le geste répété devient langage commun et poésie naturaliste. 

Nice sera représentée en force par cinq créateurs contemporains aux côtés de Jean Mas ! Mona Barbagli orchestre cœurs et couleurs en séries sensibles. Entre tissus imbibés et bandes vives, l’artiste relie ciel, terre et mémoire dans une même pulsation vibrante et organique. Gilbert Pedinielli explore pour sa part l’harmonie par la répétition. Entre Fibonacci et Malevitch, ses toiles lavées, repassées puis colorées déclinent l’infini des nuances. C’est en revanche les gestes primitifs, qu’il mêle aux technologies 3D, qui intéressent Florent Testa. Ses vases inspirés de Sèvres interrogent la répétition parfaite, entre machine, matière et sensibilité humaine. Anne-Laure Wuillai archive quant à elle la Méditerranée en prélèvements sensibles, mêlant sédiments et plastiques. Entre science et enfance, elle transforme la mer en mémoire à collectionner, en mini-archives. Enfin, Philippe Bresson plie métaux et chambres à air en sculptures tendues. Entre récup’ et maîtrise du geste, ses séries jouent avec la lumière et la matière.

Alan Vagh, lui, nous vient de Salernes, dans le Var. Il érige céramiques et totems en visions baroques. Entre gestes répétés, formes monumentales et souvenir de Picasso, la matière devient un récit incandescent pour cet artiste dont les maîtres déclarés sont Gaudi, le Facteur Cheval, Niki de Saint Phalle, De Staël, Hundertwasser, Tinguely, ou encore César, avec qui il a notamment travaillé. 

Deux autres artistes viendront de plus loin décliner la thématique de la répétition. C’est d’Ardèche que viendra Caty Laurent, elle qui détourne l’ardoise en mosaïques sensibles. Entre éclats noirs et feuilles d’or, ses compositions mobiles mêlent poésie graphique et engagement discret. Enfin, c’est depuis Blois, où il vit et travaille, qu’Alain Biet inventorie le quotidien avec la minutie d’un naturaliste. Héritier de Dada et de Fluxus, il aquarelle objets et usages dans une douce mécanique du peu. 

La médiation

Elle sera particulièrement développée cette année encore, à l’attention de toutes et tous. Des visites commentées seront proposées chaque samedi à 18h, gratuitement et sans inscription. Des visites de groupe seront également organisées pour toutes les structures qui le souhaitent. Ces visites se dérouleront en semaine et seront enrichies d’une documentation complète, adaptée à chaque âge, afin d’aborder l’exposition et sa thématique en amont.

Rendez-vous donc au Broc, à 20 km de Nice, pour cette édition 2026 ; un village perché aux accents latins, qui déroule ses ruelles comme un théâtre de pierre chauffé par le soleil du Sud. Ici, la douceur de vivre provençale épouse une politique culturelle audacieuse portée par la municipalité, qui fait dialoguer art contemporain, patrimoine et habitants dans une même respiration sensible et exigeante. Les différents espaces investis par l’exposition Répétition générale constitueront une manière privilégiée de le (re)découvrir !

29 mai au 21 juin, lieux divers, Le Broc. Rens: festivaldupeu.org

photo : Jean Mas, portrait aux Cages à mouche © Roxane Petitier

Tags: