De ma terre à matière

De ma terre à matière

À Salernes, le centre de la céramique contemporaine Terra Rossa explore les métamorphoses de la terre à travers les œuvres des artistes du collectif stART. Une exposition organique où argile, sable et pigments deviennent les vecteurs d’une méditation sur la matière, le corps et le temps.

De ma terre à matière, au-delà de la communion des mots, surgit cette connexion au sable, à l’argile, à la boue et à toutes les transformations que l’homme peut y apporter. C’est ce qui se joue à Terra Rossa, centre de la céramique contemporaine de Salernes. L’exposition La matière à l’œuvre proposée par 19 artistes du collectif stART résume les multiples manières d’inscrire la matière au cœur de la création – verre, carton, polyester ou plâtre. Pourtant, comme le musée s’attache essentiellement à la relation à la terre, il ne s’agira ici que d’un choix limité d’artistes ayant explicitement décliné toutes les variations que cet élément primitif peut produire dans une création contemporaine. Et les propositions oscillent entre artisanat et méditation profonde. Matière pensée comme support ou matière sublimée dans l’idéal de sa seule présence, dans l’attente du miroir ocre du ciel.

C’est là que les œuvres de Nathalie Broyelle s’expriment dans une intensité inédite. Une série de vastes toiles s’irrigue de pigments et d’ocres issus de la terre salernoise. Apparitions et disparitions tissent des gammes sourdes et feutrées, comme dans l’espoir d’une révélation. Et en effet, comme dans le Suaire de Turin, ce sont des figures de sanguine et de terre qui, entre coulures, pleurs ou pluies, s’exhalent dans l’annonciation de la terre liée au corps, dans sa naissance comme dans sa décomposition. Ainsi la dimension sacrée surgit-elle des pores de cette argile quand elle se métamorphose en une peau sous laquelle bat, avec inquiétude, le cœur du monde.

Pour sa part, Louis Dollé choisit la terre issue des fouilles archéologiques du Lazaret, à Nice, pour des têtes installées sur le sol comme des cris béants vers le ciel. C’est aussi une terre transformée, la faïence rouge chamottée, que manipule Richard Pellegrino pour d’austères stèles qui s’élèvent et qu’il nomme des « urnes »… À l’inverse, c’est plutôt dans un chant de la terre que résonne l’œuvre de Louise Caroline. Sur du papier froissé, elle fait danser le sang, le sable et l’or. Des sillons d’encre irriguent des crevasses d’où le soleil parvient à émerger. Le sang de la terre épouse le chant du monde.

Jusqu’au 27 juin, Terra Rossa, Salernes. Rens: terrarossasalernes.fr

photos : vues de l’exposition © Terra Rossa