L’Arène des cœurs, acte III

L’Arène des cœurs, acte III

Du 16 juin au 4 juillet, le désormais emblématique Festival de Tragédies reprend ses quartiers d’été pour une 3e édition dans L’Arène des cœurs. Investissant le site de Cimiez pour une programmation hors les murs, le Théâtre national de Nice convie le public à une confrontation céleste entre pierres millénaires et tourments de l’âme. Une invitation à tutoyer nos monstres intérieurs à la lueur des étoiles, pour mieux retrouver notre humanité.

Cest à l’autrice niçoise Véronique Olmi que revient l’honneur d’ouvrir le bal. Si le grand public a été bouleversé par son best-seller Bakhita, Prix du roman Fnac en 2017 et en sélection pour le prestigieux Goncourt, c’est son court récit Bord de mer que Muriel Mayette-Holtz a voulu porter à la scène. Sur scène, Élise Clary incarne la figure d’une mère en grande précarité, qui emmène ses fils voir l’océan comme une ultime tentative de beauté avant le naufrage. C’est un vrai travail d’orfèvre sur le corps et le souffle, où la comédienne s’élève au rang de figure tragique moderne. Véronique Olmi sera triplement à l’honneur lors du festival, puisque sa plume vibrera également lors d’une lecture de son texte Une séparation dans le cadre majestueux de l’Observatoire de la Côte d’Azur. Il sera également possible de la rencontrer lors d’une conférence sur l’écriture tragique contemporaine qui aura lieu au musée d’archéologie. 

À l’image de ces deux rendez-vous, le Festival de Tragédies c’est également plein de moments « Autours » du festival – gratuits mais souvent sur réservation. L’ambition du TNN est là : sortir du théâtre pour rendre accessible la culture au plus grand nombre. Conférences et lecture sont donc au programme, tout comme les désormais acclamés Procès des grands personnages sur le parvis des Franciscains, transformant le public en juré. Les audiences se tiendront autour des personnalités de Thésée (dans Phèdre de Racine), Pandore et Clytemnestre.

Cette année, L’Arène des cœurs accueille aussi un diptyque puissant autour de l’œuvre d’Eschyle. Avec Les Suppliantes, Charles Tordjman fait entendre un cri vieux de 2 500 ans sur l’exil et le droit d’asile, rappelant que la Grèce est le berceau de la démocratie – elle qui a depuis cheminée main dans la main avec le théâtre. Ce sillon antique se prolonge de manière foudroyante avec Un jour sans vent [Une Orestie]. Sous la plume de Milène Tournier, le mythe d’Agamemnon est passé au crible d’une relecture féministe et incandescente, transformant la tragédie des Atrides en une réflexion brutale sur les mécanismes de domination qui hantent encore nos sociétés.

Entre ces deux souffles antiques, Robin Renucci, qui a récemment mis en scène Phèdre, s’empare aujourd’hui d’un autre chef-d’œuvre racinien : Bérénice. Sur un plateau nu, il laisse toute la place à la musique souveraine des alexandrins pour dire ce point de rupture où le cœur se brise face à l’implacable raison d’État. C’est un corps-à-corps avec la langue, un adieu impossible qui, sous le ciel de Cimiez, prend une dimension presque sacrée.

Parce que la tragédie est une école du regard qui s’apprend dès l’enfance, la compagnie niçoise B.A.L. investit les jardins du musée avec Mythique ! Thierry Vincent y revisite les légendes de l’Olympe d’une touche de malice salvatrice, prouvant aux plus jeunes que les dieux grecs, malgré leurs colères, nous ressemblent étrangement…

Cet été, en sortant de ses murs, le TNN nous promet un rendez-vous essentiel pour se souvenir que la tragédie est, avant tout, l’art de rester debout.

16 juin au 4 juil, Arène de Cimiez & lieux divers, Nice. Rens: tnn.fr

photo : Les Suppliantes © DR