20 Mai L’art à la rescousse des océans
Porté par la scène nationale Châteauvallon-Liberté, le festival Passion Bleue #6 poursuit son travail de fond : croiser création artistique, recherche scientifique et enjeux écologiques autour des mondes marins. Rendez-vous du 27 mai au 6 juin.
Mers et océans n’ont jamais été aussi chauds… Dans un contexte plus estival, on s’en réjouirait presque. Mais la réalité est toute autre : mars 2026 signait la 2e plus forte température de surface jamais mesurée. Conséquences ? Blanchissement des coraux, surmortalités, écosystèmes bouleversés, « tropicalisation » de certaines régions, la Méditerranée en particulier… Un mois qui fut aussi le 4e plus chaud jamais enregistré, avec +1,5 °C par rapport à l’époque pré-industrielle. Des informations passées quelque peu inaperçues, d’autant plus aujourd’hui, où les questions climatiques semblent annexes pour nos dirigeants, comme pour de nombreux médias. Et ce un an tout juste après la COP 26 de Nice… Bref, Passion Bleue relève quasiment de l’intérêt général !
Depuis ses débuts, l’événement cherche moins à illustrer la mer qu’à en révéler les mécanismes et tensions, en opérant des liens avec notre imaginaire collectif. Et dans cette édition, la figure de la sirène est récurrente : non pas comme seule référence mythologique, mais comme outil de lecture contemporain. C’est notamment le cas dans L’Homme-Poisson de David Wahl. Entre conférence scientifique et performance poétique, son spectacle explore notre héritage aquatique : composition du corps humain (60 à 70% d’eau salée !), rôle de l’océan dans la production d’oxygène, traces de notre évolution… « À l’Océan qu’on croit seulement nous faire face, répond en écho cet Océan intérieur que nous cachons sous notre peau« , écrit-il. De quoi nourrir son désir d’exploration et partir à la rencontre de cet être aquatique que nous sommes « fabuleusement restés« . Sur scène, l’idée se matérialise par un dispositif visuel et narratif, conçu avec le plasticien Jean-Marie Appriou et le metteur en scène Thomas Cloarec, qui dévoile un hypothétique homme-poisson en perpétuelle évolution, qui révélerait notre nature cachée – métaphore d’une humanité réconciliée avec son environnement…
Dans Âmes coming, Marine Colard déplace le propos, mais reste sur le terrain du corps. En duo avec Gregor Daronian, artiste drag-queen et chanteur classique, elle explore les transformations physiques et vocales, en s’appuyant sur l’imaginaire de la sirène, fascinante créature, qui cristallise peurs et désirs par son chant et sa radicalité. Le spectacle joue sur la confusion des identités, des genres et des registres, dans une forme hybride mêlant danse, chant, théâtre et musique électro. Un travail prolongé avec Pool Party, au Stade nautique du Port Marchand : performance collective, elle « utilise » les différents espaces du site et l’eau comme éléments de mise en scène et de jeux. Ce rendez-vous, où le public est partie prenante du dispositif, « dévoilera des miniatures (solos, duos, trios) et des partitions collectives (mêlant les interprètes, amateur·trices, sirènes et tritons locaux)« , indique la chorégraphe. « Ces fantaisies créées pour un environnement aquatique ont aussi pour but de créer du lien entre les spectateur·trices. »
Un programme complété par des ciné-rencontres, des ateliers, une exposition, ou encore une plongée plus politique avec Esquif, à fleur d’eau, inspirée des opérations de sauvetage de SOS Méditerranée pour aborder la question des migrations… En clôture, une journée de rencontres pour sensibiliser à la préservation des écosystèmes marins se conclura par une représentation d’Ulysse, mythique création du chorégraphe Jean-Claude Gallotta donnée pour la 1e fois à Châteauvallon !
27 mai au 6 juin, lieux divers, Toulon & Ollioules. Rens: chateauvallon-liberte.fr
photo : L’homme-poisson © Katia Quemere