Lou Sourgentin : une source qui ne tarit pas

Lou Sourgentin : une source qui ne tarit pas

Il est des histoires qui naissent comme une source discrète : un filet d’eau qui, sans bruit, finit par irriguer tout un paysage. La revue Lou Sourgentin (la petite source en français), avec ses 55 ans d’existence au service de la mémoire niçoise, est de celles-là.

En 1970, le pays niçois traverse une période de bouleversements : les collines se couvrent de constructions nouvelles, les métiers anciens s’effacent, la langue se fait plus rare dans les rues. C’est alors qu’une poignée d’enseignants du collège Risso décide d’agir. Parmi eux, Charles Malausséna, Roger Gasiglia et Jean Vincenti. Faite d’amitiés, de passions intellectuelles et de compétences réunies, la revue Lou Sourgentin voit le jour en mai de cette même année : un premier numéro de 11 pages ronéotées, un tirage modeste et une diffusion qui ne dépasse pas 300 exemplaires. 

Les fondateurs imaginent une revue qui ne soit ni un bulletin folklorique ni un simple recueil d’érudition, mais un lieu vivant où raconter le pays niçois comme une histoire de famille. Dès les premiers numéros, on évoque, en français et en niçois, les fêtes de village, les gestes de cuisine, les mots que l’on croyait perdus, les artisans dont les mains disent parfois plus que les livres. On y parle surtout des gens : ceux qui savent, qui se souviennent et qui transmettent.

La langue niçoise : un souffle, pas un vestige

Au fil des décennies, Lou Sourgentin devient un compagnon de route. À chaque numéro, ses pages ouvrent sur un territoire que l’on croit connaître, mais que l’on redécouvre sans cesse. La revue ne se contente pas de préserver : elle rappelle que le patrimoine n’est pas un musée, mais un mouvement. Elle sait aussi que la langue niçoise – publiée avec soin, en graphie mistralienne sous l’œil attentif de Jacques Dalmasso – n’est pas un vestige, mais un souffle, une manière de dire le monde.

Aujourd’hui, l’équipe a changé, mais l’esprit demeure. Roger Rocca, directeur général de la publication, et Jean-Michel Bessi, directeur de la rédaction, qui ont succédé à Raoul Nathiez, assurent la continuité et l’exigence éditoriale. Enrichie de nouvelles voix, la rédaction poursuit le travail initié par les fondateurs : raconter le pays niçois avec rigueur, chaleur et honnêteté.

la colonie des enfants de prisonniers de guerre, Champs de Villars-sur-Var, 1957 © DR

Lou Sourgentin paraît quatre fois par an, avec à chaque numéro un dossier thématique complété par une partie générale : cours de niçois, rubrique mastegada proposant une recette en français et en niçois, ainsi que des pages d’actualité. Le numéro 270 de juillet 2026 remontera le fil des Colonies de vacances, centres de loisirs, clubs, à l’occasion des 150 ans de la première colonie de vacances à Saint-Martin-Vésubie. On y croisera les colos de guerre, les camps scouts, les colonies disparues, les jeux, la plage de la police, et même l’ouverture de la plage des Rateta dans les années 1970, imaginée pour rivaliser avec les clubs Mickey.

Une histoire qui se partage

Plus d’un demi-siècle après sa naissance, Lou Sourgentin continue de tisser ce lien discret, mais essentiel entre mémoire et avenir. Chaque édition invite à ralentir, à regarder autrement, à comprendre ce qui cimente ce territoire de lumière et de pierres, de mer et de collines, de mots anciens et de gestes quotidiens.

Et si cette histoire perdure, c’est parce qu’elle se partage. Parce qu’une revue n’existe que par ceux qui l’attendent, la lisent, la transmettent et la soutiennent. Alors, si vous aimez ce pays, ses voix, ses récits, ses couleurs et ses mémoires, il est possible de s’abonner directement sur le site sourgentin.org. Vous y trouverez également la liste des distributeurs pour acheter la revue au numéro. 

Aloura, se voulès regajà devès l’avenì mà tout en v’apountelant sus lou passat, vi resta pu qu’à legi Lou Sourgentin, qu’es ben la revista dòu pais Nissart, lou pais de couòr de toui aquelu si sentent Nissart. E Viva !

Rens: sourgentin.org – FB Lou Sourgentin

photo Une : Roger Rocca, directeur de la publication © DR