20 Mai Madama Butterfly : le chant de l’attente
La saison de l’Opéra de Toulon s’achève cette année sur un monument du répertoire : Madama Butterfly, présenté du 26 au 30 juin, en ouverture du Festival d’été de Châteauvallon.
Créé le 17 février 1904 à la Scala de Milan, l’ouvrage connut pourtant un démarrage, disons… compliqué. Fort du succès de La Bohème et de Tosca, Giacomo Puccini pensait triompher. Que nenni, notre homme et son œuvre furent copieusement hués. Trop long, trop audacieux, trop moderne peut-être. Notre homme remania alors sa partition, supprimant près d’un millier de mesures avant une reprise triomphale quelques mois plus tard à Brescia. Depuis, l’œuvre n’a plus quitté les scènes du monde et figure parmi les opéras les plus joués de la planète.
L’histoire est connue, mais conserve intacte sa puissance émotionnelle. À Nagasaki, la jeune geisha Cio-Cio-San, dite Butterfly, croit épouser par amour le lieutenant américain Pinkerton. Elle renonce à sa religion et à ses traditions pour cet homme dont elle attendra le retour pendant 3 ans, avec leur petit blondinet d’enfant. Mais pour lui, ce mariage n’est qu’un arrangement exotique et divertissant. Alors quand le bougre revient accompagné d’une blonde épouse américaine, Butterfly comprend qu’elle n’avait été qu’une parenthèse frivole dans la vie de cet officier. Le dénouement ? Nous n’en dévoilerons rien ici, mais il y a du harakiri dans l’air…
« Puccini invente ici la musique de l’absence et de l’attente« , résume Jérôme Brunetière, directeur de l’Opéra de Toulon, qui a choisi pour cette production le metteur en scène Florent Siaud, à l’univers théâtral à la fois épuré et incisif. Accompagné par Philippe Miesch à la scénographie, Nicolas Descoteaux aux lumières et Éric Maniengui à la vidéo, il promet un spectacle pensé pour dialoguer avec l’espace à ciel ouvert de l’amphithéâtre de Châteauvallon.
À la direction musicale, Victorien Vanoosten conduira l’Orchestre et le Chœur de l’Opéra de Toulon. Quant à la distribution, elle réunira de solides voix du répertoire puccinien, parmi lesquels la soprano sud-coréenne Sunyoung Seo, dans le rôle-titre, et le ténor lituanien Edgaras Montvidas en Pinkerton.
CHÂTEAUVALLON, L’ART À CIEL OUVERT
Après cette ouverture puccinienne, l’édition 2026 du Festival d’été de Châteauvallon mêlera théâtre, danse et grands récits contemporains. Après le succès de Léon Blum, une vie héroïque, Charles Berling retrouvera Philippe Collin et Violaine Ballet pour un nouvel événement théâtral participatif : Les Résistantes, adapté du podcast original de France Inter. Clara Hédouin adaptera quant à elle Manières d’être vivant, essai philosophique de Baptiste Morizot. Côté danse, le mythique Tanztheater Wuppertal, fondé par Pina Bausch, investira les lieux durant quatre soirées avec Nelken. Autres créations chorégraphiques attendues : celles de Mourad Merzouki (Beauséjour), d’Abou Lagraa (Carmen), et de Franck Micheletti dans déambulation festive, ponctuée d’un dj set, pour les 30 ans de Kubilaï Khan Investigations (No Mundo). De quoi confirmer le goût de la scène nationale Châteauvallon-Liberté pour les émotions fortes et les formes hybrides.
Madama Butterfly, 26 au 30 juin • Festival d’été de Châteauvallon, 26 juin au 28 juil. Châteauvallon, Ollioules. Rens: operadetoulon.fr – chateauvallon-liberte.fr
photo : Sun Young Seo © DR