Metek Festival : mémoires amplifiées

Metek Festival : mémoires amplifiées

Pour sa 5e édition, le Festival Metek s’installe au Telegraphe à Toulon, du 4 au 7 juin. À l’écoute, quatre artistes qui trempent leurs racines dans les eaux fécondes des technologies contemporaines : un pied dans la tradition, un autre sur la pédale qui déclenche les sons qu’on fabrique aujourd’hui… Et voilà comment l’on peut renouveler un héritage fondateur.

Tritha ouvrira le bal. Cet artiste, que Metek accueillait déjà en 2023, travaille souvent par superpositions graduelles, partant d’un son minimal et répétitif, enrichi petit à petit par des couches sonores qui le parent de couleurs diverses – comme un arbre de Noël auquel on ajoute des boules, des figurines, des flèches dorées… Au départ, on a parfois un simple arpège très occidental, colonne vertébrale à laquelle on accroche une voix dont les intervalles sont bien moins tempérés : les quarts de ton nous emmènent aussitôt, avec des idées simples, vers un Orient plus complexe. Une flûte indienne enroule ses harmoniques autour des boucles qui s’élèvent de l’ordinateur comme des ronds de fumée, et voilà qu’on se balance entre Toulon et Calcutta…

Davide Ambrogio, le lendemain, se souviendra de ses origines calabraises et campagnardes : cloches de vaches qui tintent sur des hauteurs hasardeuses, voix lointaines des bergers qui se répercutent d’une colline à l’autre, souvenirs de la Semaine Sainte et des bruitages rêvés d’une montée au Golgotha… Là encore, c’est une culture ancestrale qui se réinvente…

Taranta Lanera convoque aussi le sud de l’Italie et ses tarentelles effrénées, danses cathartiques qui, disait-on, permettaient de réchapper, par la gambade, des morsures des araignées funestes. Une thérapeutique par la transe dont on peut retester avec joie l’efficacité.

Enfin, ce Metek se termine avec Jo Keita. Une voix au large registre qui n’hésite pas à grimper dans l’aigu et à se déployer parallèlement à la flûte peule, dont le timbre seul évoque tout le continent africain. Des poèmes mystérieux pour séduire même ceux qui ne comprennent pas le pulaar, soutenus par une kora immémoriale et propulsés par une batterie grondante… Voilà de quoi restituer toute la vitalité de l’Afrique de l’Ouest dans le printemps varois !

4 au 7 juin, Le Telegraphe, Toulon. Rens: letelegraphe.org

photo : Taranta Lanera © DR