20 Mai Opéra de Nice : un final en forme de manifeste
La saison 2025-2026 de l’Opéra de Nice Côte d’Azur s’achève comme elle a vécu : ouverte, tout en contraste, et résolument tournée vers le collectif. Entre grand répertoire, création participative et ambitions symphoniques, cette dernière salve suit une trajectoire en toute point fidèle à la ligne défendue par son directeur Bertrand Rossi.
Point d’orgue très attendu : La Traviata, l’une des œuvres les plus populaires de Verdi – et peut-être du genre lyrique. À tel point que des représentations supplémentaires ont été ajoutées : soit un total de 8 représentations, entre le 27 mai et le 6 juin ! Mise en scène par Silvia Paoli dans un univers Belle Époque stylisé, l’œuvre joue sur ses ressorts éternels : passion contrariée, normes sociales étouffantes, sacrifice en forme de tragédie intime. Dirigée musicalement par Andrea Sanguineti, cette lecture féministe convoque le souvenir de Sarah Bernhardt en analysant les rouages bourgeois d’un patriarcat en haut de forme – et son sens de la fête au parfum de scandale – dans la vie d’une comédienne sulfureuse de la fin du XIXe siècle, admirée et rejetée, rêvant d’échapper à sa condition : « Sempre libera » (toujours libre) proclame ainsi Violetta à la fin de l’acte I ! Le tout servi par une distribution réunissant notamment Kathryn Lewek dans le rôle-titre, Julien Behr en Alfredo, et Jean-Sébastien Bou en père Germont.
Changement total de registre, les 20 et 21 juin, avec Un Monde ensemble, opéra rock urbain signé Sergio Monterisi et Magali Thomas. Le pitch ? Dans un monde où la violence semble triompher, un souffle d’espoir s’élève… Les enfants de la cité du Val des Fées refusent la fatalité et reprennent en main leur quartier, prouvant qu’ensemble tout devient possible. Porté par plus de 150 enfants et adolescents des écoles et collèges du quartier prioritaire de Nice-Est, accompagnés par l’Orchestre Philharmonique de Nice et le Chœur de l’Opéra, le projet dépasse le cadre artistique : c’est un espace d’expression collective où slam, chant, danses urbaines, percussions, musique orchestrale, improvisation théâtrale – et même sport, via une scène de match de foot – s’entrechoquent pour faire émerger un esprit de révolte contemporain. Après quasi 2 ans de travail, qui ont vu les jeunes rencontrer des personnalités issues du monde du sport et de la culture à la Black Box, mais aussi au Centre d’entraînement de l’OGC Nice – le joueur Jonathan Clauss est parrain du projet –, cette œuvre participative et inclusive se veut autant un spectacle qu’un geste social.
Entre ces deux moments, le concert symphonique dirigé par Lionel Bringuier confirmera la capacité de l’Opéra à faire dialoguer époques et esthétiques, les 12 et 13 juin. Le chef proposera un programme pluriel, avec notamment la découverte en première mondiale de La Lampe de l’Arga’Haam, création contemporaine de Yann Plançon inspirée par l’univers de la dark fantasy, qui précèdera deux œuvres de Brahms et Bruch, interprétées en compagnie la violoniste soliste Akiko Suwanai, lauréate du prestigieux concours Paganini.
Notez enfin que l’Opéra donne rendez-vous du 21 au 30 juin, à la Cathédrale Sainte-Réparate, pour une nouvelle édition du Festival de Musique Sacrée, avec un parcours musical de Mozart à la musique baroque, en passant par des œuvres chorales des XIXe et XXe siècles.
Reste désormais une question en suspens : que nous réserve la prochaine saison ? Bertrand Rossi lèvera le voile le 28 mai prochain. D’ici là, rideau sur une saison qui aura encore apporté son lot de surprises – signature du taulier depuis son arrivée en 2020 !
La Traviata, 27 mai > 6 juin • Concert philharmonique, 12 > 13 juin • Un monde ensemble, 20 > 21 juin • Festival de Musique Sacrée, 21 > 30 juin. Opéra de Nice & Cathédrale Sainte-Réparate, Nice. Rens: opera-nice.org
photo : La Traviata © Delphine Perrin