20 Mai Palais des Festival : une saison de plaisirs
Au milieu d’une actualité qui parfois ne prête guère à sourire, la programmation 2026-2027 du Palais des festivals de Cannes entend bien apporter de la joie à travers des spectacles où se mêlent à la fois diversité et messages qui font sens.
Le rire est particulièrement à l’honneur, et c’est d’ailleurs Alex Lutz, dont les deux précédents spectacles ont été récompensés aux Molières, qui ouvrira la saison. Le ton est donné. Sexe, Grog et Rocking Chair est un spectacle intimiste puisque l’artiste a puisé son inspiration à la suite du décès de son père. Profondément touchant, ce seul-en-scène est également extrêmement drôle à travers une évocation aux accents rock’n’roll de la génération des soixante-huitards.
Tout au long de la saison, l’humour se conjuguera sous toutes ses formes. Avec insolence, comme avec La Bajon qui a pour références Coluche et Pierre Desproges. Car on peut rire de tout ; il suffit juste de choisir le bon angle pour le faire. De la politique aux confidences plus ou moins personnelles (Mathieu Madenian, Paul de Saint Sernin), de l’actualité aux comportements du quotidien (Marion Mezadorian, Laurent Gerra, Ilyes Djadel), chaque mois, un humoriste passe au vitriol la société et les tracas de la vie ordinaire.
Le théâtre de la vie
L’amour a toujours été un thème inspirant pour la scène. Dans Une heure à t’attendre de Sylvain Meyniac, on assiste à un duel psychologique entre le mari et l’amant, alors que Still de Lia Romeo explore les conséquences du temps sur les sentiments. Il prend la forme d’une comédie romantique avec Mur Mure de Lilou Fogli, dont la tendresse et l’originalité offrent un véritable moment feel good.
Le théâtre est aussi le moyen de porter un regard critique sur la société, comme à travers Le Voyage de Monsieur Perrichon d’Eugène Labiche, qui offre une critique de la société des loisirs naissante, tandis que Potiche du duo Barillet-Grédy évoque de façon pétillante l’émancipation des femmes dans les années 70. Il peut même se transformer en scène de thriller à l’image d’ADN, inspiré d’une histoire vraie et mis en scène par Sébastien Azzopardi. Il ose interroger la médecine, avec Secret(s) médical de Michel Cymes, ou les coulisses de la psychanalyse avec En Thérapie, qui signe le retour de Francis Huster. Il offre des témoignages comme Badinter, dont l’engagement a profondément marqué l’évolution de la société française, dans une mise en scène de Pierre Blain, ou Les Rochambelles de Valérie Demay, qui raconte l’histoire vraie de ces femmes héroïques de la première unité ambulancière à débarquer en Normandie.
Artistes iconiques et révélations
Julien Clerc s’arrêtera lui aussi à Cannes dans le cadre d’une tournée où il jette un regard sur Une vie, alors qu’il célébrera ses 80 ans en 2027. Cette saison permettra de célébrer un autre anniversaire : celui de la disparition, il y a 40 ans, de Daniel Balavoine : Patrice Carmona lui rendra hommage en reprenant quelques-uns de ses titres emblématiques. Parmi les grands noms de la scène musicale française, Hubert-Félix Thiéfaine tient quant à lui une place toute particulière, unique et inclassable depuis près de cinq décennies. Avec Des Adieux..., il entreprend une dernière tournée pour partager son univers singulier. Plongée féminine et amoureuse également, avec Luz Casal, chanteuse espagnole révélée au public dans Talons aiguilles de Pedro Almodóvar, tandis que Suzane, nouveau visage de la pop française, offrira une vision engagée dans la lutte contre les violences faites aux femmes.
La passion de la musique
Le Palais accueillera plusieurs dates de l’Orchestre National de Cannes, qui accueille quant à lui Holly Hyun Choe à sa direction. Pour sa première saison, la cheffe coréenne a souhaité rendre hommage à Beethoven à l’occasion des 200 ans de sa disparition, et ouvrir de nouvelles perspectives en faisant découvrir des compositeurs talentueux mais moins connus. C’est le cas d’Ethel Smyth, contemporaine de Tchaïkovski, engagée politiquement en participant notamment aux luttes des suffragettes et largement occultée pendant 150 ans, ou de Mieczyslaw Karlowicz, compositeur rarement programmé en France. Détails de la nouvelle saison de l’orchestre ici !
Le défi d’un festival de danse annuel
Vingt-trois spectacles pour « émerveiller, interroger, ravir ; des fenêtres ouvertes sur le monde » sont attendus du 21 novembre au 6 décembre, selon les mots du directeur artistique du Festival de Danse – Cannes Côte d’Azur. Didier Deschamps met en avant la danse dans « ses multiples écritures et ses multiples façons de vivre et de penser le corps« . La chorégraphe australienne Stephanie Lake ouvrira cette édition. Pour Manifesto, elle réunit 9 danseurs et 9 percussionnistes, annonçant un moment chargé d’énergie et de virtuosité. La dimension internationale de ce rendez-vous est renforcée par la présence du London City Ballet, de Christos Papadopoulos, Dancenorth Australia, Sylvia Gribaudi, Iker Karrera, Emanuel Gat ou encore Modern Table Dance Company.
Par ailleurs, deux événements sont pilotés par Éric Oberdorff, chorégraphe et directeur de la Cie Humaine : la plateforme Studiotrade, qui rassemble des structures chorégraphiques à travers l’Europe afin de faire voyager des œuvres hors des circuits traditionnels, ainsi que la troisième édition de Mov’in Cannes, une compétition présentant une série de films où dialoguent danse et caméra, qu’il codirige artistiquement avec Didier Deschamps. En parallèle des spectacles, chorégraphes et danseurs participeront à de nombreux ateliers et temps d’échange, dont un échauffement à la barre ouvert à tous dans La Roseraie durant trois dimanches consécutifs.
Enfin, tout au long de l’année, des événements sont aussi à partager en famille tels que Les Misérables de Victor Hugo ou Cléopâtre, la reine louve d’Éric Bouvron, qui plonge le spectateur dans l’histoire captivante d’une reine au destin exceptionnel. Et pourquoi ne pas se laisser éblouir par Les Étoiles du cirque de Pékin qui proposent une Odyssée à travers les arts de l’acrobatie ? Face à cet éventail de propositions artistiques, il sera bien difficile de ne pas céder à l’appel d’une sortie cannoise.
Dès le 18 sep, Palais des Festivals, Cannes. Rens: palaisdesfestivals.com
photo : Manifesto © Roy VanDerVegt