20 Mai Peter Knapp : l’art de la joie de vivre
À Saint-Paul-de-Vence, la Fondation Maeght reçoit Peter Knapp, photographe légendaire qui propose un défilé de photos avec Le temps Courrèges, son exposition carte blanche, jusqu’au 1er novembre. Ou quand l’art pluridisciplinaire de Knapp et la mode iconoclaste de Courrèges, tous deux amis de la famille Maeght, se renvoyaient la balle en proclamant une modernité exubérante à l’aube de ces années 60 qui commençaient à désengoncer une société corsetée de toute part.
Février 65, André Courrèges sort Moon Girl, unique collection Haute Couture printemps-été. Évènement déflagratoire qui déclenche une onde de choc dans le monde de la mode scié par tant d’audace. Et lancement sur orbite pour l’ancien ingénieur des Ponts et Chaussées reconverti couturier-inventeur, ainsi que pour Peter Knapp qui, à travers ses photos d’une jeunesse piaffante et multicolore, se charge de « faire savoir le savoir-faire » implacablement futuriste de Courrèges.
À travers cette collection, André Courrèges (1923-2016) a mobilisé tout ce qui était considéré moderne et nouveau. La collection Moon Girl est une performance artistique par laquelle il réforme de pied en cap la silhouette de la femme passant outre tous les codes en vigueur. Souci de confort et de praticité du vêtement parce qu’il veut simplifier. De cet exercice radical surgit un vocabulaire vestimentaire neuf que le couturier qualifie de « poésie juvénile« , pensé à partir des principes de l’école du Bauhaus. Style épuré, couleurs franches, rouge vermillon, vert pomme, jaune acide, blanc pur. Ça claque, ça va vite ! « Courrèges c’est le jamais vu. C’est l’avenir« , peut-on lire dans ELLE, ou encore « Ce n’est pas seulement un couturier, c’est un futuriste, un visionnaire, un architecte« , dans Marie-Claire. On le surnomme « Le Corbusier de la mode« . Pour Patricia Peterson du New York Times : « Sa collection est la meilleure jamais vue à Paris cette saison ! » Et Peter Knapp arrive dans l’aventure avec son iconique photographie du nº 1002 de ELLE daté du 4 mars 1965 – celle choisie pour affiche de l’exposition – qui montre sur fond noir des mannequins Courrèges flottant en apesanteur dans le cosmos, vêtus de blanc, en jupes, pantalons et vestes à rayures noires.
Né en 1931 à Bäretswil, père boulanger, mère chanteuse d’opérette amateur, enfant des montagnes suisses, il prend la direction du magazine de mode à 28 ans. La dynamique Knapp est activée et dynamite à tout-va. Les filles bougent, sautent, et rient sur les pages du magazine. Ciao les talons hauts, le soutien-gorge ! C’est la télé et l’émission Dim Dam Dom. « À l’école de Zurich, on a hérité des professeurs du Bauhaus. (…) Une fois virés par Hitler, la moitié a atterri à Zurich, l’autre à Chicago. On a hérité de cet enseignement très général. On touchait au cinéma, au dessin et à la sculpture académique. (…) Dans un deuxième temps on optait pour quelque chose. Moi, toute la vie, j’ai jamais réellement opté pour quelque chose. Cette liberté de faire des essais, plutôt qu’une œuvre, c’est devenu mon chemin. (…) J’avais surtout pas envie de me répéter. » Il se voit « faiseur d’images » et se défend d’avoir inventé une nouvelle façon de prendre en photo. « On ne peut pas inventer si on n’a pas les gens qui vont avec. (…) Hélène Lazareff m’avait engagé pour prendre la direction artistique. Plus question d’avoir des vêtements Haute-Couture pour monter dans des voitures de sport. (…) Je n’ai jamais été soucieux d’un style, j’étais plutôt là, tout le temps. Tout ce qui était possible techniquement à exploiter, je crois que je l’ai exploité. »
À 95 ans, toujours actif, le sourire de Peter Knapp est d’une formidable jeunesse, ses yeux clairs respirent la vivacité et la joie de vivre. À l’image de ses photos.
Jusqu’au 1er nov, Fondation Maeght, Saint-Paul-de-Vence. Rens: fondation-maeght.com
photo : Peter Knapp, Collection Courrèges haute couture printemps-été 1965. Elle n°1002, mars 1965 © Peter Knapp – Courrèges