20 Mai Université du groove
Sous le regard bienveillant de l’Université Côté d’Azur, le classieux parc du Château de Valrose s’ouvre résolument à la Note Bleue avec le festival Jazz à Valrose qui s’étale désormais sur trois jours, du 4 au 6 juin 2026 à Nice.
Pour cette première édition proposée en plusieurs soirées, l’Université Côte d’Azur mise sur une large fréquentation, volontiers familiale, avec notamment des ateliers créatifs s’adressant aux plus jeunes. Grâce à un prix très modique – voire une gratuité accordée aux étudiants et employés de l’université, ainsi qu’aux mineurs –, on pourra s’allonger en toute décontraction sous les arbres ou reposer sa nuque sur l’herbe tendre, en fermant les yeux et en ouvrant les oreilles.
Une série d’événements très divers rythmera la manifestation, évoquant des styles et même des époques fort différentes. Autour de DJ sets destinés à rythmer les festivités, on pourra s’offrir, dès le premier soir, une séance de cinéma en plein air avec Jazz on a Summer’s Day, précieux documentaire tourné à une époque charnière pour cette musique. Il nous transporte en 1958 à Newport, entre New York et Boston, où est né l’un des festivals pionniers du jazz. Toutes les tendances de cette musique s’y étaient rencontrées et l’on avait pu y croiser, entre autres, Louis Armstrong, Thelonious Monk et Gerry Mulligan, mais aussi le gospel avec sa grande prêtresse Mahalia Jackson, ainsi que le rock’n’roll naissant de Chuck Berry ! Réalisé par le photographe de mode Bert Stern, ce film est l’un des tout premiers concerts filmés de l’histoire du cinéma : entre deux concerts, il permet aussi de se plonger dans une Amérique où régna, le temps d’un weekend, une soudaine mixité sociale et ethnique, telle une parenthèse enchantée.
Le lendemain, on avalera une grande lampée de ce que le jazz produit dans la région : orchestres universitaires, formations issues des conservatoires, big bands joyeux, parmi lesquels UniCA Jazz Band et O’Jazz AMU & Co… Puis viendra une musique plus proprement américaine avec l’ensemble d’Isaiah Collier, saxophoniste de Chicago, porteur de la tradition fière et protestataire de cette ville qui a toujours cultivé un son libertaire et singulier. Instrumentiste polyvalent, compositeur, activiste et éducateur, le musicien de 28 ans a sorti un 1er album en 2023 mêlant compositions originales et réinterprétations inspirées : Parallel Universe puise aussi bien dans la ferveur du gospel que dans la révolution jazz-funk des années 60-70, pour convoquer la puissance du quartet classique, l’expérimentation sonore et la liberté d’improvisation qui ont façonné l’héritage musical de son maître spirituel John Coltrane.
Le dernier jour permettra d’abord de suivre une fanfare au répertoire populaire et fédérateur, jonglant avec la variété et les chansons entraînantes, avant de laisser la place à des ensembles plus pointus. Rick Margitza, magnifique saxophoniste toujours chaleureux, toujours inventif, puissant et pourtant léger. Chaque fois qu’on le présente, on ne peut s’empêcher de rappeler qu’il fut l’un des derniers saxophonistes engagés par Miles Davis à la fin des années 80 – référence, certes un peu cliché, mais qui donne la mesure du personnage : une figure centrale du jazz américain, bien qu’il vive en France depuis près de 25 ans. Jazz à Valrose se terminera avec un set d’Amy Gadiaga, qui poursuit la tradition, assez récente mais déjà bien dense, des contrebassistes-chanteuses : une voix acide qui surfe sur un groove ondulé aux accents pop et R’n’B, dans un style qui fait le lien entre la tradition du jazz old school d’une Betty Carter et le son plus moderne d’une Twinkie Clark.
4 au 6 juin, Parc du château de Valrose, Nice. Rens: culture.univ-cotedazur.fr
photo : Jazz à Valrose 2025 © DR