Festival de Musique de Toulon : direction l’Europe centrale

Festival de Musique de Toulon : direction l’Europe centrale

Un soleil a brillé dans la nuit au Palais Neptune de Toulon, le 19 mai dernier : Victor Julien-Laferrière, merveilleux violoncelliste.

Responsable artistique du Festival de musique de Toulon, Séverine Baume a offert au public une soirée mémorable. Victor Julien-Laferrière, éblouissant, a interprété les Deux Romances de Ludwig van Beethoven. Des pièces dont certains passages en doubles cordes sont déjà redoutables pour un violon, alors imaginez pour un violoncelliste ! Presque mission impossible.

Victor joue un Domenico Montagnana — l’un des violoncelles les plus prisés au monde — et il sait en tirer toute la richesse. Une sonorité extraordinaire, puissante, profonde, corsée… Encore faut-il savoir le faire chanter. Ce que le jeune Victor réussit avec brio. Il a accompli l’impossible, tel un alpiniste atteignant un sommet encore inviolé. Souriant, semblant se jouer des difficultés, il a littéralement enchanté le public.
« Ce merveilleux violoncelliste est un véritable soleil ! », s’est exclamée la violoniste super soliste de l’Opéra de Toulon.

Dans l’auditoire, René Benedetti, violoncelliste à l’Opéra de Paris et ancien professeur de Victor, nous a confié : « Lorsque je l’ai connu, Victor était déjà passionné de musique. Il étudiait la clarinette, puis le piano. J’ai réussi à l’orienter vers le violoncelle, avec l’accord de ses parents, tous deux clarinettistes. Son père, mon collègue à l’Opéra de Paris, me l’a confié au conservatoire de Montreuil alors qu’il n’avait que 7 ans. J’ai tout de suite perçu des dons exceptionnels, doublés d’une curiosité rare pour son âge. À 13 ans, il intégrait le Conservatoire supérieur de Paris, toujours aussi passionné… » Inutile de dire la fierté – et l’émotion – de René Benedetti, partagée ce soir-là avec son ancien élève.

« Mais vous êtes une célébrité !« , s’est exclamé l’altiste Jérémy Pasquier en entendant le nom de René…

La soirée a atteint des sommets. Après les Deux Romances de Beethoven, transcrites pour violoncelle – une gageure, tant l’œuvre, conçue pour violon, devient périlleuse dans cette version –, place au Divertimento pour cordes SZ 113 de Béla Bartók. Monique Dautemer, musicologue du Festival, souligne : « C’est un véritable défi. L’extension de la main sur la touche, les doubles cordes du premier thème… cela pose des problèmes de doigté très complexes pour la main gauche du violoncelliste. Cela double presque les distances entre les doigts ! C’est acrobatique. Et pourtant, Victor a réussi !« 

Ensorcelant, Bartók fut suivi par la lumineuse Sérénade pour cordes en mi majeur, op. 22, d’Antonín Dvořák. Pour l’occasion, Victor avait posé son Montagnana et son archet Dominique Peccatte : baguette de chef en main, il a dirigé Bartók et Dvořák avec maestria et un sourire communicatif qui a dynamisé les musiciens de l’Orchestre Consuelo, ensemble qu’il a fondé en 2021.

photo : de gauche à droite, Victor Julien-Laferrière, René Benedetti et Jérémy Pasquier © Claudie Kibler Andreotti