Anthéa : comme une profession de foi

Anthéa : comme une profession de foi

Daniel Benoin, directeur du théâtre Anthéa, vient de dévoiler une saison 2026-2027 fleuve, entre théâtre populaire, paris risqués et fidélités artistiques.

Il y a des directeurs de théâtre qui présentent leurs saisons. Et puis il y a Daniel Benoin, qui les raconte comme on raconte une vie : avec des digressions, des souvenirs, des enthousiasmes, des fidélités, quelques coups de colère parfois, et surtout une foi intacte dans le spectacle vivant. Le directeur a livré une nouvelle saison foisonnante, découpée en cinq « enveloppes », selon sa formule désormais rituelle. Une cartographie très personnelle du théâtre d’aujourd’hui, où se croisent Molière et Bob Wilson, Pierre Desproges et Barbara, Jean Reno et Isabelle Huppert, la Comédie-Française et le cirque contemporain.

L’incontournable !

Après le succès de Ubu Roi, annoncé au Théâtre de Paris à partir du 16 septembre, Daniel Benoin a choisi de consacrer une création à Pierre Desproges. Le projet trouve son origine durant la période du Covid, lorsque le théâtre continuait de diffuser des spectacles filmés auprès de ses abonnés malgré les salles fermées. Au milieu de ces captations improvisées, un spectacle autour de Desproges avait vu le jour. « L’œuvre complète de Desproges, c’est 1 600 pages« , rappelle Benoin, qui raconte s’être plongé dans les textes avec gourmandise avant de recevoir un inédit envoyé par la fille de l’humoriste. Cette fois, il ne s’agira plus seulement d’une lecture montée, mais d’un véritable spectacle avec scènes jouées, promis à une tournée et peut-être à Paris.

Les grandes productions

Comme souvent à Anthéa, les créations maison côtoient les grandes productions du théâtre privé. Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte créeront Laponie avec François-Xavier Demaison et Patrick Mille avant un transfert parisien. Sébastien Thiéry est à l’affiche avec Cochons d’Inde, tandis que Laurent Ruquier signera L’Expérience théâtrale, où deux comédiens, François Berléand et Max Boublil, commentent le public depuis la scène.

Benoin continue aussi de défendre les classiques. Le Bourgeois Gentilhomme, porté par Jean-Paul Rouve, revisitera Molière sous l’angle du désir amoureux, tandis que Le Jeu de l’amour et du hasard, dans une mise en scène actuelle de Frédéric Cherbœuf, rappellera le succès rencontré à Avignon. Parmi les fidèles de la maison, Jean-Claude Grumberg retrouvera Anthéa avec Dans le couloir, interprété par Jean-Pierre Darroussin et Catherine Murillo. Michel Boujenah reviendra, lui, avec Toute la famille que j’aime.

Anthéa aime aussi raconter les histoires derrière les spectacles. Le Père, rendu célèbre au cinéma par Anthony Hopkins, sera cette fois incarné par Pierre Arditi. Quant à la Comédie-Française, elle bénéficiera d’une semaine entière avec Les Bonnes et L’Événement, mis en scène par Denis Podalydès avec Françoise Gillard.

Fidèle à son goût pour les répertoires longtemps délaissés, Benoin poursuit aussi sa réhabilitation de Sacha Guitry avec La Jalousie, interprétée par Michel Fau et Gwendoline Hamon. Gérard Darmon viendra présenter Un château de cartes, succès surprise à Paris, tandis que Clovis Cornillac et Lilou Fogli dévoileront Mur Mure.

L’un des temps forts de la saison sera le retour de Mary Said What She Said, ultime création de Bob Wilson, avec Isabelle Huppert, autour de Marie Stuart. Le spectacle, que l’on croyait terminé, renaîtra finalement à Tokyo, Antibes puis Paris, grâce à l’amitié liant Daniel Benoin et la comédienne, qui débuta sous sa direction. En 2027, année d’élection présidentielle, le théâtre croisera aussi la politique avec Ma candidature, porté par Édouard Baer

Le mélange des genres

Dans la 3e enveloppe, Anthéa confirme son goût du mélange : Michèle Laroque et Kad Merad créeront L’Âge bête, Pierre Richard racontera sa vie accompagné d’un orchestre dirigé par son fils, tandis que Jean Reno retrouvera la scène après 25 ans d’absence dans Le Chameau, spectacle musical créé au Japon avant une adaptation française à Anthéa. 

La musique justement ponctuera cette saison avec les venues de Chilly Gonzales, Michel Jonasz, Benjamin Biolay, Étienne Daho ou encore Zazie. Quant aux humoristes, on pourra compter sur Muriel Robin, Vincent Dedienne et Alex Vizorek pour dérider le public.

À L’aventure !

Plus aventureuse, la 4e enveloppe réunira des propositions singulières : La Tresse, adaptée du roman de Laetitia Colombani ; 22 Minutes de Benoît Solès autour de l’homme qui tira sur Jean-Paul II ; Ne me libérez pas, je m’en charge, mis en scène par Zabou Breitman autour de Michel Vaujour ; ou encore Maintenant je n’écris plus qu’en français, né de la rencontre entre un acteur ukrainien exilé et Éric Ruf.

Le théâtre documentaire et politique restera très présent avec L’Affaire Dreyfus de Philippe Collin, ou On va tous être d’accord ou pas, consacré aux questions féministes et LGBT. 

Daniel Benoin a toutefois témoigné d’un enthousiasme particulier pour Christoph Marthaler, qu’il considère comme « le plus grand metteur en scène vivant« . Son spectacle Le Sommet, joué en allemand et surtitré, figure parmi les paris les plus audacieux de la saison !

La scène dans tous ses états

La 5e enveloppe accentuera encore le mélange des formes : danse, cirque, concerts et performances immersives. Jean-Claude Gallotta proposera un Casse-Noisette de Noël coproduit par Anthéa, tandis que Benjamin Millepied rendra hommage à Barbara avec Du bout des lèvres. Thierry Frémaux, qui présentera son spectacle autour des frères Lumière, le Groupe Acrobatique XY, Abd Al Malik, ou encore Christophe Alévêque compléteront cette programmation foisonnante.

Et parmi les curiosités annoncées : Cycle, imaginé par Fabien Chalon. Soit un carrousel divisé en cinq espaces qui accueilleront les spectateurs pour une série de performances visuelles de quelques minutes. Une proposition mouvante qui résume assez bien l’idée que Daniel Benoin se fait aujourd’hui du spectacle vivant !

Au-delà des noms prestigieux, cette présentation révèle surtout la mécanique impressionnante d’Anthéa : quelque 79 spectacles et 240 représentations, avec une ouverture des abonnements dans une organisation quasi militaire. Le directeur adjoint Vincent Bochier rappelle qu’Anthéa figure désormais parmi les plus importantes ouvertures de saison théâtrale en France avec le Festival d’Avignon ! 

Derrière la sophistication technique et les chiffres, demeure pourtant une ambition très simple : faire cohabiter les publics, les formes et les générations. On a donc ici une saison en forme de manifeste : populaire sans populisme, exigeante sans snobisme, et profondément attachée à l’idée qu’un théâtre public peut encore être un lieu de désir.

Dès le 10 sep, Anthéa, Antibes. Rens: anthea-antibes.fr

photo : L’expérience théâtrale © Bertrand Exertier