20 Mai Un parcours dans l’abstraction
Toujours dans son champ d’action – l’art non figuratif et abstrait, en France et dans le monde depuis la dernière guerre –, cet étonnant musée du Niel, installé sur la presqu’île de Giens, à Hyères, nous offre une belle exposition intitulée L’abstraction est une couleur, visible jusqu’en novembre prochain.
Sur notre photographie d’illustration (ci-contre) figurent deux œuvres illustrant le thème de l’exposition : à gauche, Bright Ring Drawing réalisée en 1964 par Sam Francis, et au fond à droite, une œuvre sans titre de Lutka Pink de 1968. Au centre, une baie vitrée offre une superbe vue sur le port du Niel que domine le musée. C’est une des caractéristiques de ce musée privé : un parcours facile, très bien agencé, et de belles perspectives sur le port et ses beaux alentours qui constituent autant de chemins de randonnée très appréciés autour de cette magnifique presqu’île de Giens. Une expérience double en quelque sorte : l’abstraction à l’intérieur, la nature à l’extérieur, la couleur comme trait d’union ! Et finalement, on adhère dans les deux cas à ce texte de l’immense peintre chinois Chu Teh-Chun retranscrit sur l’un des murs : « La couleur est pour moi une énergie. Elle n’est jamais statique, elle est mouvement, lumière, respiration. » Mais le visiteur sera peut-être étonné de voir aussi sur les murs des œuvres d’Hans Hartung, de Karel Appel, de Nicolas de Staël, de Vasarely, de Jean Miotte (qui nous a quittés en 2016 à… Hyères), et bien d’autres.
Nous ne nommerons pas ici tous les artistes exposés, la liste complète est disponible sur le site du Musée du Niel. Mais soulignons la place faite aux femmes dans cette exposition ! Comme celle accordée à Judit Reigl et sa très grande toile Homme-Émergence jaune de 1970 : 2m70 de haut et 2m08 de large ! Le texte qui l’accompagne évoque un « effet de déflagration« , de « geyser de création du monde« , de « danse avec le feu« , et nous donne envie d’aller découvrir la série complète d’où est issue cette œuvre. Une série intitulée tout simplement Homme. Cette œuvre comme les autres exposées ici nous interpelle sur le concept d’art abstrait. Notre ressenti peut nous faire voir un ou plusieurs liens avec le réel, avec notre propre histoire, ou avec celle de l’artiste : l’art constitue alors un dialogue.
Autre intérêt de ce parcours : le mur où sont exposées des photographies des artistes. Pas seulement des portraits d’époque, mais aussi des prises de vue en pleine activité dans leurs ateliers. Là aussi, la surprise est au rendez-vous. L’un de ces clichés datant de 1951 est émouvant, quand on connaît la fin tragique de Nicolas de Staël, qui s’est suicidé en se jetant de la terrasse de sa maison à Antibes trois ans plus tard.
Un petit conseil pour les futurs visiteurs : prévoyez vos chaussures de randonnée, car vous risquez bien de vouloir poursuivre la visite à l’extérieur et vous aventurer sur le sentier des douaniers qui cerne la presqu’île !
Jusqu’au 1er nov, Musée du Niel, Hyères. Rens: museeduniel.com
photo : vue de l’exposition L’abstraction est une couleur © Christian Gerini