Villa Ephrussi, la folie Béatrice

Villa Ephrussi, la folie Béatrice

Lovée entre Villefranche-sur-Mer et Beaulieu-sur-Mer, la Villa Ephrussi de Rothschild trône crânement tel un paquebot au-dessus des flots. Tout y est remarquable : la Villa elle-même, les collections de son musée, ses 9 jardins en écrin, le site… Sous le regard de l’Académie des Beaux-Arts, les diverses animations proposées au fil de l’année perpétuent ce lieu tout simplement magique.

Joyau, Perle, Merveille, Folie, Féérie, Mythe, Splendeur… voire Sardanapalesque (!)… Les qualificatifs ne font pas défaut pour évoquer la Villa Ile-de-France, bien plus connue sous le nom de Villa Ephrussi de Rothschild.

Cette “Villa”, qui tient donc plus du Palais, est à la (dé)mesure du lieu : à quelques encablures de Nice ou de Monaco, sur la presqu’île du Cap-Ferrat, gagnée sur un ancien terrain stérile, le plus étroit de la presqu’île, bordée par la mer de chaque côté… Un somptueux trait d’union entre la baie de Villefranche et la baie de Beaulieu. Pas étonnant que cet emplacement ait séduit Béatrice Ephrussi de Rothschild, la très fortunée initiatrice de ce projet hors normes !

Quelques chiffres pour compléter le portrait : 7 hectares, 7 ans de travaux de force pour donner tout son faste au lieu et rendre l’aride domaine foisonnant, 9 jardins à thèmes… (1)

9 jardins de rêve, oui, car cette villa est bien le rêve éveillé de Dame Béatrice. S’y entremêlent savamment la Renaissance italienne, l’art hispano-mauresque, le zen japonais, l’esprit du Moyen-Âge, l’exotisme des cactus et autres succulentes, la luxuriance (maîtrisée) de la jungle, et les plantes typiques de la Provence…

Gargouilles, Carpes et Grenouilles

La visite débute par le petit jardin de Sèvres, ses alcôves et ses statues, et se poursuit par le jardin espagnol, dans lequel on pénètre via une arche. Là, le regard est frappé par ce jardin, l’un des plus réussis, avec son bassin, son eau émeraude, son patio au sol rouge, sa grotte et la profusion de ses essences. Difficile de s’en arracher, mais la curiosité l’emporte !

Au gré de vos déambulations, vous traverserez le jardin japonais. S’y trouvent des sculptures, le traditionnel espace zen avec sable… et son incontournable bassin avec carpes. Un rideau de bambous, jouant avec l’ombre et la lumière, y laisse poétiquement entrevoir la mer.

Se succèdent ensuite le jardin florentin, le jardin provençal et le jardin exotique. La roseraie, à la pointe du domaine, et avec vue sur Villefranche, est un point d’orgue de la balade, surtout à la pleine saison des roses.  Mention spéciale également au “jardin lapidaire”, où les vestiges s’entrelacent avec les racines d’un arbre, où les gargouilles et autre sirène ailée sur bas-relief confèrent du mystère au lieu.

À la fin de votre balade, le clou du spectacle végétal reste le jardin à la Française, avec son kiosque qui surplombe la cascade soit une succession de bassins avec sa vue imprenable sur la Villa et les collines. Et comme si cela n’était pas assez magique en soi, des jeux d’eau musicaux accompagnent vos pas chaque vingt minutes. Quand ce ne sont pas les grenouilles qui chantent et font écho à la musique à la nuit tombée !

La passion de la collection

Enivrés de par tant de beautés, n’oubliez pas de visiter la demeure ! La Villa est bien plus qu’un bonbon rose épanouie. Pour s’en convaincre, il suffit de franchir le seuil et d’admirer au choix : les mosaïques au sol, et surtout l’impressionnant patio central, inspiré des palais vénitiens, avec sa voûte de 13 mètres de hauteur, ses 17 piliers roses en marbre de Vérone, avec chapiteaux, ses voûtes peintes, ses couloirs et galeries qui distribuent les diverses pièces de la demeure…

Passant de pièce en pièce, vous découvrirez toutes les merveilles achetées par Béatrice – pièces de choix en porcelaine de Sèvres, tableaux de Fragonard, meubles Louis XVI… – mises en valeur par l’architecture même du lieu, comme cette salle à manger orientale et ses onze baies vitrées qui donnent sur la baie de Villefranche. Enfin, du grand balcon central, outre la vue plongeante sur le jardin et ses bassins, vous vous sentirez comme accrochés sur le premier pont d’un navire végétal, entouré des flots.

Animations d’exception

La Villa se démocratise lors de certains événements comme La fête des roses, en mai, grand événement printanier, avec exposants internationaux, ou encore les Nocturnes de la Villa en juillet et en août, les vendredis et samedis soir. Autant dire un moment de pure magie ! La nuit rendant le lieu encore plus exceptionnel, la musique des concerts et des bassins résonnant comme jamais et les spectacles de danse se reflétant dans l’eau, au milieu des nénuphars. Bien sûr, toute l’année, la Villa peut se contempler et chaque saison donne une vie différente aux jardins. Cela vaut le coup de renouveler sa visite !

Peut-être le temps d’un clip ou d’un film reconnaîtrez-vous ce lieu fastueux, car les artistes ne peuvent qu’y succomber…

(1) L’ensemble de la propriété est classé Monument historique et ses espaces ont reçu le label Jardin remarquable du ministère de la Culture en 2005.

Une vie dédiée à l’art

On a encore sacrément tendance à oublier que les femmes peuvent être de “grands bâtisseurs”, de “grands collectionneurs” ou tout simplement de “grands créateurs”. Dès qu’elles sont libres. Et libre, Béatrice Ephrussi de Rothschild l’était. À la fois grâce à sa double fortune familiale, certes, mais aussi par sa personnalité hors du commun de l’époque. Sa vie durant, elle a vécu entourée d’art et de chefs-d’œuvre :  son père était un collectionneur averti, son mari amateur également. D’où des demeures somptueuses, et un chef-d’œuvre absolu parmi elles : la Villa Ile-de-France. Touchée par la tuberculose, qui ruine sa vie personnelle, Béatrice se réfugie dans ses projets et acquisitions, et notamment dans cette Villa de la Riviera. Ainsi, elle ne s’est pas contentée d’être une richissime oisive, mais a affirmé sa soif de création et son goût pour le XVIIIe siècle, la Renaissance italienne et l’exotisme. Béatrice a trouvé son mode d’expression via la collection frénétique de tableaux, objets, statues, céramiques…

La grande a(rt)matrice est enterrée à Paris, au Père-Lachaise. Quel dommage de ne pas avoir choisi Saint-Jean-Cap-Ferrat pour cimetière marin…

Dame Béatrice a confié son rêve à l’Académie des Beaux-Arts. Nous pouvons l’en remercier, car, grâce à ce don, nous pouvons – presque – tous profiter de ce lieu somptueux.

Béatrice, côté livres

La librairie-boutique présente une sélection de beaux-livres sur la Villa ou sur la Riviera à la belle époque.  Vous y trouverez un livre sur Béatrice Ephrussi de Rothschild, écrit par un architecte et docteur en histoire de l’art. Cet auteur régional réhabilite Madame Ephrussi, et lui redonne sa place non seulement parmi les grands collectionneurs de l’époque, mais sa place de femme tout court, richissime certes, mais un peu en manque de tout : en manque de compagnon, car mal mariée, en manque d’enfant, car stérile… La création de cette Villa a comblé un temps ses déceptions, sa solitude, sa maladie.

Béatrice Ephrussi de Rothschild, Michel Steve (Couleur de vie éditions)

Kérylos, l’autre rêve

À 20 minutes à pied de la Villa Ephrussi se trouve une seconde demeure remarquable : la Villa Kérylos ou Hirondelle de mer. Vous pouvez d’ailleurs acheter un billet combiné pour visiter les deux Villas. La Villa Kérylos, reconstitution quasi à l’identique d’une demeure de la Grèce antique, est née du rêve de l’archéologue et homme d’État, Théodore Reinach. Bâtie par le célèbre architecte Emmanuel Pontremoli, Kérylos se dresse au-dessus des flots, sur un promontoire rocheux… comme la Villa Ephrussi voisine. Et comme pour la Villa Ephrussi, Kérylos doit les fonds de sa construction essentiellement à la famille Ephrussi. Nulle surprise, Kérylos est classée au titre des monuments historiques.