[Spécial Femmes] Carole Paulin : l’art de donner de la voix

[Spécial Femmes] Carole Paulin : l’art de donner de la voix

Chaque jour, nous prononçons des milliers de mots sans connaître toutes les possibilités qui s’offriraient à nous si nous prenions conscience du potentiel offert par notre voix. Carole Paulin se consacre depuis plusieurs années à la recherche vocale. Elle a à cœur de faire découvrir comment explorer cette ressource propre à chaque individu.

Carole Paulin fait partie de ces personnes qui ont vécu des dizaines de vies en une seule. Psychomotricienne, son amour du théâtre la conduit sur les planches du Conservatoire d’art dramatique. Curieuse et passionnée, elle décide d’aller plus loin en obtenant le Certificat de la Chekhov International Theatre School à Melikhovo. Vous l’avez peut-être déjà vue sur scène aux côtés de la Compagnie Série Illimitée, métamorphosée dans Faust de Gounod à l’opéra de Monte-Carlo ou lors de la représentation de l’un des contes qu’elle a elle-même écrits sous le pseudonyme de Sidony (Contes zen, L’éc(h)o des montagnes, Contes de la montagne et du Loup…). Amoureuse de la nature et d’authenticité, bourlingueuse, vous auriez pu également la croiser à Athènes, sur la scène du théâtre Dionysos et Appolon. Durant l’été dernier, elle était aux côtés de la danseuse Lisie Philip et du contrebassiste Merakhaazan pour faire découvrir au public les premières lignes de Prisme conçu autour de son « Florilège d’idées noires pour public désenchanté » : un moment particulièrement intense dans lequel l’étrangeté se fait beauté ne posant comme limites que celles de notre esprit.

Tout au long de son parcours, elle demeure intriguée par l’étendue de l’expression vocale et décide d’aller plus loin dans ce domaine en intégrant le Centre Artistique International Roy Hart situé dans les collines cévenoles. Pour Carole Paulin, il ne s’agit pas de travailler sa voix, ni même d’essayer d’appliquer des techniques, mais plutôt de s’engager dans une recherche vocale qui consiste à retrouver l’entièreté de sa propre voix à travers la relation qu’elle entretient entre le corps et l’être. Étonnamment, le langage parlé restreint le potentiel de la voix : celle-ci va subir les influences de notre mode de vie, en ville ou à la campagne, de notre éducation par laquelle on nous apprend à ne pas parler fort, de notre langue même selon qu’elle soit chantante ou gutturale. À cela, s’ajoutent les aspects psychologiques, notre état physique et émotionnel.

Carole Paulin a développé de nombreux stages par lesquels elle souhaite « donner corps à sa voix » pour permettre de comprendre les liens puissants qui les unissent. « La voix est une double peau », explique-t-elle. Lorsqu’on utilise la voix, on l’entend également, tout comme la peau que l’on touche et que l’on ressent en même temps. Elle va donc apprendre à engager le corps à travers le mouvement ou la perception qui résonne en l’individu, dans son ventre, sa cage thoracique… De même, elle enseigne à être à l’écoute de la voix, de la sienne tout comme celle de l’autre. Cette façon d’appréhender la voix permet de partir en quête d’une véritable authenticité. Sa méthode est donc particulièrement appréciée des acteurs qui parviennent ainsi à donner une grande richesse à leur jeu. Mais toute personne amenée à communiquer régulièrement avec les autres dans des métiers comme l’enseignement, le secteur du soin et de la thérapie, et pourquoi pas le commerce, peut également y puiser de riches enseignements. Elle conduit chaque individu à développer des relations de respect. Une notion essentielle pour Carole Paulin qui estime que « la conscience humaine et notre place dans le monde passent par la culture, l’art et une éducation saine. Il faut nourrir l’homme dans sa créativité. » Et de s’étonner qu’actuellement « on a peur de la mort alors que l’on est irrespectueux de la vie ».

(photo Une : Carole Paulin, lors de la présentation de Prisme, Studio Antipodes © Nicolas Brunet)

Ce texte fait partie d’un dossier Spécial Femmes qui va paraître tout au long du mois de mars. Bien entendu, La Strada n’a pas attendu le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, pour parler de la cause féministe, car nous veillons toute l’année à leur donner la parole, ainsi qu’aux défenseur.e.s de leurs droits ! Retrouverez ci-dessous les autres textes de ce dossier :
Louise Michel, Viro Major
La barque noire de Virginie Peyré
Au revoir à toi, femme de Culture
L’émancipation de Silva Usta
La création n’attend pas pour la Cie Antipodes
Ces dames, sous toutes leurs dimensions
La petite, sa mère, la Corse et le Beretta
Cie Sof : la danse contemporaine pour exprimer sa liberté
Une guerre mondiale contre les femmes

Tags: